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Sports Littéraires : le plaquage féminin

Dernière mise à jour : 21 août 2021


AFP/Getty Images/Denis Poroy

Quand on voyait les All Blacks battre leurs adversaires, certains se disaient naturellement que le rugby n’était réservé qu’aux hommes. Depuis la création de l’humanité, les hommes sont l’image de la violence et du combat. Évidemment que c’est faux. Regardez le visage menaçant d’Amanda Nunes dans l’octogone ou encore de Miriam Lamare dans le ring. Elles inspirent aussi à l’agressivité et ou un appel à la destruction. Admiratrices du ballon ovale, deux jeunes filles de Bobigny désirent fortement intégrer un club.


La première s’appelle Irem, 16 ans, égyptienne de naissance avec une taille impressionnante d’un mètre 85. Sur le terrain, elle devrait porter le numéro 4 ou 5 dans un XV de départ. Sa meilleure amie, Celena, 15 ans, originaire du Cap-Vert semble endosser le poste d’ailière du fait de sa rapidité et de son agilité. Toutes les deux aiment le combat. Normal, elle se bagarrent souvent en cour de récréation pour se confronter aux mecs. D’ailleurs, Irem et Celena adorent plaquer les garçons au sens propre comme au figuré. 


Pour cause, leur amitié s’est construite pendant une bagarre au CP entre elles. D’après certains, leur altercation est survenue à cause d’un manteau. D’autres diront qu’elles se sont en venues aux mains pour un garçon. En vérité, on ne connaît pas la raison et on ne saura jamais le pourquoi du comment. Après cette première rencontre intense, Irem et Celena deviennent amis et ne se sont jamais séparées jusqu’à aujourd’hui. Par la suite, leur lien se forge à la suite d’une agression de l’une d’elle. Alors que Celena prend le chemin pour rentrer chez elle, deux hommes tentent de lui voler son portable. À la fenêtre, Irem, qui faisait son linge, a vu Celena face aux deux gamins et est sortie en furie pour les plaquer en même temps. Résultat, les deux petits garçons sont partis à l’hôpital avec de multiples factures aux côtes. Pour rappel, Irem pèse 80 kg pour un mètre 85. À partir de ce moment-là, toutes les deux ont commencé à haïr les garçons comme Lisebeth Salander et se battent souvent pour montrer leur combativité.


Au départ, les filles n’ambitionnaient pas à jouer au Rugby. Elles voulaient juste se défouler en se confrontant physiquement aux autres. Dans leur ville, le football est omniprésent et certaines filles s’y sont intéressées grâce aux performances des Françaises dans les compétitions internationales : la première victoire de l’Olympique Lyonnais en Ligue des Champions et la demi-finale de l’équipe de France lors de la Coupe du Monde en Allemagne (2011). Irem et Celena détestent le football à cause du fait d’esquiver le constamment le contact de l’adversaire et surtout le fait de jouer avec les pieds. Elles, leur délire est de prendre le ballon et d’avancer comme des furies sur les autres qui les empêchent de marquer un essai. 


Cette envie d’être rugbywoman surgit lors d’un séjour en classe de neige à Grenoble. Durant ce voyage, elles ont pu assister à un match des Six Nations au Stade des Alpes confrontant la France et l’Angleterre (18-17). Irem a été bluffée par la victoire des Bleues et notamment de la performance de Jessy Trémoulière qui inscrit deux essais. Faire du Rugby devient primordial pour elle. Réticente au départ, Celena est persuadée par les arguments pro-féministes de sa grande copine de toujours. Pendant des vacances scolaires, elles participent à une détection au club de l’AC Bobigny 93 Rugby pour intégrer la section féminine.


Lors du match de détection, les deux amies figurent dans la même équipe qui fait face à celle des -16 du club. Les deux complices ont joué de leur talent particulier pour se faire remarquer par le public et l’entraîneuse de l’équipe féminine. Celena a montré sa pointe de vitesse déstabilisant la formation adverse : raffut, dribles et appuis chaloupés, coups de rein paralysants et tutti quanti. Celena ressemble à Vincent Clerc dans ses grandes heures. Elle inscrit trois essais dont un en traversant le terrain depuis son camp. Quant à Irem, sa prestation a été magistrale en nombre de victimes. Effectivement, ses 60 plaquages ont fait voltiger le camp ennemi. En plus, certaines filles de l’équipe des –16 ont même pleuré à cause de sa dangerosité en défense tout au long de la rencontre. Ainsi, deux étoiles montantes intègrent naturellement le club de Seine-Saint-Denis. Sur son dernier plaquage qui a blessé une joueuse, Irem proclame victorieusement :”C'est ça, le plaquage féminin”.

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